Investir dans Snap : une affaire présumée risquée

L’histoire ne se répète pas, mais parfois elle rime. Bien que Snap, propriétaire de la messagerie instantanée Snapchat, est sur le point de devenir la plus importante introduction en Bourse (IPO) du secteur des hautes technologies après Facebook, il est nécessaire pour ceux qui souhaiteraient y investir de prendre un certain nombre de précautions. Comme toutes les IPOs technologiques en vogue ces dernières années, la couverture médiatique de l’introduction en bourse de Snap va atteindre des sommets. Mais l’examen de leur récente histoire montre de très mauvais rendements à court terme pour un investisseur moyen. Ce qui devrait éloigner bon nombre d’investisseurs de tenter ce pari à haut risque. Les introductions en bourse de cette ampleur telles que celle de Snap sont rares. Le nombre des entreprises comparables introduites en bourse après 2010 avec une valeur post-IPO supérieure à $5 milliards et ayant un business model orienté clients est très faible. On peut compter dans l’échantillon Facebook, Twitter, Groupon et Zynga. Alibaba est exclue de l’échantillon au regard de ses différences fondamentales avec les entreprises précédentes, bien que son inclusion n’aurait pas changé les résultats de cette analyse.

Les cours d’ouverture sont les premiers prix disponibles auxquels les investisseurs pouvaient acheter des parts de ces entreprises. Par exemple, Facebook avait initialement fixé le prix de son IPO à $38,00/action, mais la demande importante des investisseurs l’a fait augmenter à $42,05. De tels prix d’IPOs tendent à chuter lourdement, avec une moyenne de 53%, l’année suivant l’introduction en bourse, ce qui devrait alarmer les investisseurs envisageant d’investir prochainement dans les actions Snap. Ceux qui s'attendent à une offre de complaisance pour Snap vont être surpris. Pendant la Roadshow de l’IPO de Snap, le prospectus d’évaluation présentant la valeur de l’entreprise et ses perspectives de croissance et d’investissement futurs aux investisseurs institutionnels, indique une prévision d’introduction en bourse à une fourchette comprise entre $19,5 milliards et $22,2 milliards. Si tel est le cas, la fourchette du ratio prix/ventes se situera entre 48,2 et 54,9 lors des débuts de cotation de l’entreprise. Il s’agit bien d’un multiple des ventes et non des profits. En effet, Snap n’a pas encore réalisé de bénéfice, même si ses ventes ont considérablement augmenté au cours des dernières années.

Plus important encore, la croissance des utilisateurs Snap a ralenti de façon spectaculaire ces dernières années, potentiellement en raison de nouvelles offres de la concurrence Instagram, Snow, et d’autres. En décembre 2016, Snap a recensé 161 millions d’utilisateurs quotidiens actifs et comptant, en hausse de 46% par rapport à l’année précédente. Malgré cette impressionnante augmentation, la croissance de Snap s’est ralentie de manière significative et la taille relativement faible de sa base d’utilisateurs pourrait alimenter les doutes sur la capacité de l’entreprise à honorer ses engagements et à être à la hauteur de sa surévaluation.

Les entreprises de l’échantillon comparable ont pris des directions radicalement différentes après leur première année de cotation. Facebook est devenu l’une des meilleures entreprises technologiques de sa génération, tandis que les actions Zynga et Groupon ont chutées à des niveaux très bas.

Ces constats reflètent uniquement une analyse à court terme du prix d’introduction en bourse de Snap, et n’est pas une critique de ses perspectives à long terme. Cela étant dit, des aspects quantitatifs et qualitatifs relatifs à l’introduction en bourse de Snap permettent une comparaison légitime au groupe d’entreprises comparables et devrait être un avertissement pour les investisseurs individuels. Au cours des prochaines semaines, Snap deviendra l’une des entreprises les plus médiatisées au monde. Toutefois, ceux qui seraient tentés d’investir dans Snap devrait rester très vigilant car il semblerait que certains investisseurs dit long-terme seront contraints de conserver les titres acquis pendant au moins la première année et doivent se rappeler que l’histoire suggère qu’il faut réfléchir plutôt deux fois qu’une.

Auteur: 
Hanane Dakhli