Timing des réformes : priorité au marché du travail

Avec une dette publique avoisinant les €2.100 milliards (96% du PIB français) et qui s’accroit d’un déficit entre 3,5 et 4% annuels, le chômage qui peine à baisser considérablement de la case des 10% depuis des années, et une fiscalité lourde et compliquée qui repousse l’investissement et incite à la contourne, il est clair que des réformes sont nécessaires. Pour réduire la dette et éliminer le déficit public, tout en évitant un alourdissement de la fiscalité, il faut dépenser moins, voire supprimer des postes dans l’administration publique. Pour faire face au chômage, il faut redynamiser le marché du travail en réduisant les coûts de renouvellement du personnel (coûts d’embauche + coûts de licenciement) qui bloque les embauches et entretien le chômage de longue durée affectant les plus jeunes. La fiscalité doit être simplifié et allégée pour atteindre, au moins, le niveau de fiscalité de nos principaux partenaires européens – autrement dit, réduire notre niveau de fiscalité moyen de 60% à 40% des revenus.

Néanmoins, le timing et la séquence de ces réformes est un sujet souvent négligé. Un bon exemple est donné par la baisse de la TVA dans la restauration. En 2009, la restauration demandait une baisse de la TVA de 19,6% à 5,5%, qu’elle a obtenue auprès du gouvernement. Les restaurateurs promettaient répercuter la baisse dans les menus et dans les embauches. Huit ans après, le bilan est mitigé. Les prix dans les cartes n’ont pas beaucoup bougé et les embauches n’ont augmenté comme prévu. Il est donc légitime de conclure que les restaurateurs ont empoché la baisse de la TVA pour de bonnes ou mauvaises raisons. En tout cas, ce résultat était prévisible. La fiscalité des revenus des restaurateurs n’ayant pas changé (elle a même augmenté) et les normes à respecter toujours très strictes, il était évident que la baisse de la TVA serait utilisée pour supporter ces rigidités.

La réalité est que les réformes sont surtout nécessaires pour dynamiser un marché français qui est devenu stagnant. Il faut non seulement attirer les investisseurs, mais aussi libérer du capital interne pour développer l’économie. Les rigidités fiscale et normative rendent les investisseurs et entrepreneurs pessimistes. Cependant, les réformes ne doivent pas commencer par là.

En effet, les électeurs seront plus ou moins réceptifs aux réformes selon leur perception de comment elles peuvent affecter leurs conditions d’emploi. S’ils estiment qu’une simplification des normes, une baisse de la fiscalité et une réforme de l’administration publique ne se traduisent pas en un marché du travail dynamique, avec des opportunités salariales alléchantes, il est très probable que les électeurs seront mécontents et prêts à refuser toute réforme future.

D’où la nécessité de réformer le marché du travail en priorité. Car un marché du travail redynamisé, où les entreprises n’hésitent pas à embaucher, pourrait justement moduler les impacts à court terme des réformes ailleurs dans l’économie française. Si jamais une réforme de l’administration publique résulte en licenciements, le marché du travail pourrait les absorber facilement et éviter ainsi tout dégât social majeur. Avec un marché du travail dynamique et simplifié, les réformes fiscales pourraient se traduire facilement pour des investissements générateurs d’emploi. En outre, un marché du travail où les offres d’emploi abondent pourrait rendre plus facile de réformer d’autres secteurs de l’économie.

Auteur: 
Albert Lwango